Vous avez vu ses yeux juste avant qu'elle ne  s'engouffre dans la grotte. Nul ni deux vous l'avez suivie. Elle pensait surement que vous ne l'aviez pas vue, car arrivé au fond du souterrain elle était terrée là au plus loin qu'elle pût s'éloigner de vous. Ce qui vous sembla bizarre au début c'est qu'elle paraissait translucide, cela se confirma à l'approche de votre lampe.

"Sortez de là !" Gémit-elle en supplice. Il vous parut bon de lui expliquer votre présence.

"Je cherche l'entrée de l'imaginaire."

Elle se mit à tousser puis reprit lentement.

"Vous êtes à Faérie ici mon p'tit. L'imaginaire n'existe pas," elle marqua un temps puis finit, "Ou plutôt il se perd."

Vous restiez perplexe là voûté en forme de point d'interrogation, gêné par le plafond trop bas.

"Qui êtes-vous ?" Cette phrase sortit de votre bouche sans que vous en ayez vraiment eu le contrôle. Elle tourna la tête vers vous.

"Je suis une Âme, pardi ?" Elle eut un sourire moqueur qui souligna son étonnement.

Vous ne saviez quoi dire et un frisson vous parcourut le dos. Un doute s'installa en vous. Qu'es ce que cette chose difforme, ornée de deux yeux rouge et d'une grande bouche béante et haletée racontait ? Elle reprit la parole pour couper votre détresse.

"Ah, oui, tu as grandi, je ne m'y ferai jamais. Écoute, lorsqu'un être grandit son  Âme se meurt doucement, car nourrie d'imaginaire au plus jeune âge elle est de moins en moins alimentée au fil des années."

"Êtes-vous mon Âme ?". Lui avez-vous lancé

brusquement. Elle eut un rire étouffé.

"Je ne peux te le dire. En ai-je le droit d'ailleurs ?

 Et ce n'est pas le plus important. De toutes

manières mes jours me sont comptés. Laisse-moi

s'il te plaît." Elle commença à se retourner.

"Non !" Le volume de votre voix vous surprit. "Non,

je veux voir l'imaginaire, et même m'en nourrir."

Votre peine devenait colère. "Je ne peux pas repartir

et laisser ça derrière moi sans y repenser chaque

jours qui suivront. Aidez-moi."

" Regarde comme je me meurs, l'être à qui

j'appartiens ne rêve plus. Regarde-moi ! Je

deviens de plus en plus transparente jusqu'à devenir

fumée. Si tu savais à quel point je me fiche de ton

bien être".

"Mais…"

"Tu vois, toi-même tu le sais, tu le sens. Alors

pourquoi continuer ? Va-t'en. "

Elle vous fixait, elle semblait trembler.

"Non, je reste. Donnez-moi le chemin qui mène à

l'imaginaire. Puisque  pour vous c'est fini, puisque

pour vous ce n'est pas important, que ce soit l'un ou l'autre ça ne changera rien. Moi je veux voir, retrouver ce qui me manque," votre voix devint douce, "donnez-moi le chemin."  Elle n'avait pas bougé. Un râle se fit entendre puis elle souffla.

"Quelque part dans la bouche d'une baleine, Menrak se meurt doucement tout comme moi. Trouve-la et tu trouveras le chemin."

"Qui ? Menrak." Votre lumière commença à vaciller, elle  baissa d'intensité, elle allait s'éteindre. Vous deviez partir.

"Au revoir."  Vous lança l'Âme. Vous lui fîtes un signe de tête puis vous êtes retourné sur vos pas, laissant la respiration rauque s'éloigner de plus en plus jusqu'au silence.